Réalisateur: Podz (Daniel Grou)
Scénariste: Patrick Senécal
Musique: -
Production: Nicole Robert, Go Films
Distribution: Alliance Vivafilm
Pays: Canada
Année: 2010
Date de sortie en salle: 5 février 2010
Date de sortie Blu-Ray /DVD: 22 juin 2010
Durée: 110 minutes
Festivals: Sundance 2010
Acteurs: Claude Legault, Martin Dubreuil, Rémy Girard, Fanny Mallette
Critique
Quatre mois après la sortie du correct 5150 RUE DES ORMES, deuxième adaptation cinématographique d’un roman de Patrick Senécal, c’est au tour de son SEPT JOURS DU TALION de connaître un second souffle via le grand écran. Adapté et scénarisé une fois de plus par son romancier et réalisé par Podz (Minuit le soir, C.A.), ce drame terriblement dur, viscéral et sombre divisera la critique (c’est déjà commencé) et en fera tout autant sur le “grand public” québécois qui n’a certainement pas été habitué à des productions du genre que lui offre habituellement son cinéma d’ici.
Bruno Hamel (Claude Legault) est un chirurgien sans histoire qui mène une vie bien rangée en compagnie de sa femme Sylvie (Fanny Mallette) et de leur fille de huit ans, Jasmine (Rose-Marie Coallier). La vie du couple sera bouleversée par la mort tragique et violente (elle aura été violée) de leur fillette. Suite à un appel du détective Mercure (Rémy Girard) lui confirmant qu’ils ont mis le grappin sur l’assassin qui serait un pédophile du nom de Anthony Lemaire (Martin Dubreuil), Hamel décidera de kidnapper celui-ci et de lui faire vivre d’horribles sévices corporels pendant sept jours.
Si le thème de la vengeance est une source d’inspiration qui aura servi le cinéma de genre et aura été exploité par la branche horrifique, LES SEPT JOURS DU TALION pourrait s’y apparenter, mais je préférerais dire que c’est d’avantage un drame lourd et profond rempli d’une charge émotive qu’on ne retrouve certes pas dans un LAST HOUSE ON THE LEFT, par exemple. On a également tendance, depuis l’annonce de sa sortie, à parler de torture porn. Je dirais que cette production se situe bien plus près du thriller psychologique que du divertissement voyeuriste à la SAW ou HOSTEL. Je serais également tenter de faire certains parallèles entre ANTICHRSIT (pour la division du couple dans la culpabilité et la souffrance qu’elle engendre), HARD CANDY (pour le suspense en lien à la torture) et IN THE BEDROOM (pour les questionnements qu’il soulève lorsque l’on décide de faire sa propre justice). Enfin, j’oserai dire qu’il s’élève au-dessus d’un manichéen EYE FOR AN EYE ou DEATH WISH.
Je préfère ne pas imaginer ce que pourrait être la douleur dans laquelle un parent vit lorsqu’il perd son enfant. Je suppose que le désir de vengeance doit forcément ressurgir à un moment ou un autre et se manifester à différents niveaux. D’ailleurs, l’entrée en matière nous confronte déjà à de dures images et nous plonge dans une charge émotive qui n’annonce rien de bien optimiste. L’absence de musique tout au long du film, en plus de la présence de longs moments de silences, appuient cette violence sourde qui ronge les personnages intérieurement. Parlant de violence, les scènes de torture sont crues, brutales et souvent insoutenables parce que d’un réalisme troublant. Soulignons le travail au niveau des effets spéciaux. La souffrance que subit le “monstre” dans toute sa vulnérabilité est difficile à regarder. Elle l’est d’autant plus, car l’approche de ce récit autrement convenu mise sur les émotions et la confrontation des démons intérieurs.
Claude Legault rend bien son chirurgien assoiffé de vengeance. Cet homme visiblement brillant est rongé par les remords et aveuglé par la douleur qu’il n’arrive pas à panser. Il donne la réplique a une Fanny Malette sobre et touchante qui en plus d’être affectée par la mort de sa fille est dépassée et complètement impuissante face aux agissements de son époux. Rémy Girard, dont le personnage de policier vit lui aussi un deuil difficile, arrive à nous faire oublier qu’il est un acteur que l’on voit dans presque tous les longs métrages québécois des 20 dernières années, ce qui est tant mieux. Martin Dubreuil (aussi membre du groupe Les Breastfeeders) dans le rôle du “monstre” offre une performance très physique qui ne laissera personne indifférent.
Même s’il s’agit d’un premier long métrage pour Podz, son style possédait une approche déjà très cinématographique ayant séduit bon nombres de spectateurs avec la très belle série Minuit le soir. Le résultat visuel des SEPT JOURS DU TALION s’y apparente beaucoup. Les tons froids et bleutés, le montage reliant des événements présents accentués d’images en flash-back sont des éléments identifiables associés à son réalisateur. La caméra est cependant beaucoup moins nerveuse, ce qui ajoute à l’atmosphère déjà tendue, mais accompagne aussi les longs moments de silence.
Handicapé de quelques longueurs et de certains éléments moins convaincants (on ne verra jamais, au Québec du moins, des parents souhaiter publiquement et devant médias des souffrances envers le meurtrier de son enfant), l’ensemble du film est à mon avis fort réussi. Qu’on aime ou qu’on déteste, il ne laissera personne insensible et risque d’en remuer plus d’un. J’ai toutefois le sentiment que le grand public ne sera pas prêt à recevoir un film aussi typé dans son paysage de blockbusters “il-est-beau-il-est-gentil-ce-petit-film-sympa-comico-nostalgique”. J’anticipe aussi la réaction de certains critiques qui bouderont et/ou dénonceront son aspect graphique et sa violence insoutenable parce que pas d’un réalisateur nommé Von Trier ou Hanecke. En revanche, il s’agit d’un rare film à budget à aller jusqu’au bout des choses dans le paysage du cinéma de genre québécois. À cet égard on ne peut qu’applaudir la chose.
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