De notre cinéma de genre – Partie 1

Le Festival des Rendez-Vous du Cinéma Québécois propose chaque année des 5 à 7 abordant différents aspects du cinéma québécois. Celui du 22 février traitait du cinéma de genre made in Québec. Les invités étaient Patrick Senécal, prolifique auteur qui compte déjà trois adaptations cinématographiques à son actif, Kim Nguyen, réalisateur des films LES MARAIS et TRUFFE et Pierre Even, producteur de 5150 RUE DES ORMES. Finalement, Patrice Sauvé, réalisateur de GRANDE OURSE devait être présent, mais était retenu sur un plateau.

Qu’est-il ressorti de ce 5 à 7? Toute sortes de choses, mais pas ce à quoi je m’attendais… Enfin, pas au début du moins. Disons qu’il y avait matière à débattre. C’est un sujet qui me passionne et qui me tient à coeur et je crois être suffisamment aux faits du sujet pour émettre ce texte d’opinion, mais surtout de réactions, car il s’est dit, à mon humble avis, un peu n’importe quoi par moment.

Une difficile entrée en matière

Tout d’abord, je tiens à saluer l’initiative des RVCQ d’avoir choisi de consacrer un événement-causerie sur le cinéma de genre. Cependant, le premier constat qui m’a frappé est celui du choix des invités. Je crois qu’il y avait déjà un inconfort qui s’est fait sentir juste à observer l’absence de quelconque réaction des gens dans la salle lors de la présentation. On aurait dit que la chimie ne passait pas complètement entre l’animatrice, les invités et le public. Ce n’est peut-être pas l’explication juste, mais on pouvait deviner un malaise. Peu importe, je crois  personnellement que le choix des intervenants était fort discutable. Non pas à cause de leur expérience professionnelle. Je dirais que c’était plus lié au questionnement que j’ai eu par rapport à leur véritable intérêt pour ce type de films. Je me suis demandé jusqu’à quel point, les intervenants pouvaient être fans de cinéma de genre. Pour faire un bref résumé du premier 45 minutes, je peux dire que la franchise de Pierre Even était tout à son honneur, mais il a clairement dit qu’il n’était pas vraiment attiré par le genre du thriller horrifique et du fantastique. Ça répondait en partie à mon questionnement. De plus, ses multiples références à NITRO, film d’action d’Alain Desrochers, ont fini par devenir lassante. Kim Nguyen, que je ne connais pas, mais pour qui j’accorde beaucoup de respect à titre de réalisateur, semblait malheureusement prendre davantage plaisir à s’écouter parler (l’effet de la nervosité?) qu’autre chose. À mon grand étonnement, il  a amené quelques réflexions qui pouvait induire en erreur le néophyte. Patrick Senécal a, quant à lui, offert quelques pistes intéressantes, mais a également exprimé quelques opinions d’appréciations superflues auxquelles je répliquerai dans la deuxième partie de ce texte. Je me demande sérieusement pourquoi un type comme Jarrett Mann de SPASM n’a pas été invité. D’autant plus qu’à la vue de la sélection du Festival des RVCQ, on constate que bon nombre de titres ont été présentés à SPASM l’automne dernier. La présence d’un programmateur de Fantasia aurait pu être également très intéressante. Ces gens possèdent, à mon avis , de précieuses connaissances en la matière. Particulièrement du côté du cinéma de genre DIY. Enfin…  Ceci étant dit, il en aura fallu du temps avant que la discussion s’anime. Heureusement, une tournure inattendue a fait basculer la discussion de manière beaucoup plus heureuse à mi-chemin de l’événement. J’y reviendrai également dans la deuxième partie du texte demain…

De la définition

Suite à la présentation des invités et de la projection d’extraits de leurs films respectifs, on a tenté de définir le terme “cinéma de genre”. Déjà là, j’ai été étonné qu’on ne prenne pas l’initiative d’établir, au moins pour l’exercice, certains barèmes afin d’adapter la définition de “cinéma de genre” à notre réalité. Il est légitime de se questionner sur la signification de ce terme et assez juste de relever que l’expression “cinéma de genre”, pourrait, au fond, englober la presque totalité des styles cinématographiques. En revanche, n’eusse été pour diriger la discussion là où elle aurait dû aller selon moi, il aurait fallu s’arrêter sur certains genres particuliers, soit, l’horreur, le fantastique, le thriller, la science-fiction et l’action.  Pour ma part, je ne pensais pas qu’on allait finir par y inclure la comédie ou la comédie romantique. En ce sens, si l’on parle de comédies telles DE PÈRE EN FLIC ou NEZ ROUGE comme étant du cinéma de genre, ce 5 à 7 n’aurait même plus sa raison d’être, puisqu’on finirait par inclure tout le répertoire  québécois.  Si on avait parlé de comédies fantaisistes à la KARMINA, là au moins, j’aurais compris. Dans sa tentative de définir le cinéma de genre, Pierre Even a voulu établir que LISTE NOIRE (1995) était l’un des premiers films de genre québécois!!! Voulait-il signifié que la recrudescence se situait là, ou pensait-il véritablement qu’il s’agissait d’un des premiers films de genre? La même année (1995) il y avait aussi LE CONFESSIONNAL de Lepage. Long métrage intelligemment construit atour du I CONFESS de Hitchcock. Senécal sera allé un peu plus loin dans le passé et aura nommé POUVOIR INTIME (1986). Pour ma part j’avais en tête DANS LE VENTRE DU DRAGON (1989), mais quelqu’un d’autre l’aura cité un peu plus tard… Even a nommé, avec raison, SUR LE SEUIL. On aurait cependant pu parler autant du thriller LE COLLECTIONNEUR, paru à peu près en même temps et présentant un sordide tueur en série. Je considère que plusieurs des titres identifiés lors du 5 à 7 n’étaient pas nécessairement les plus évocateurs. Je pense qu’il aurait fallu limiter les paramètres du “cinéma de genre” dans sa définition. Autrement, on s’enlignait vraiment pour y inclure tout le répertoire. Aussi, dans cette définition, personne n’avait abordé, jusque là, la réalité de la culture plus underground du DIY (Do It Yourself) qui connaît aussi une popularité accrue depuis quelques temps et qui va bien plus au bout des choses en s’assumant complètement. Un film avec des câlisses de ninja? Quelqu’un? Si Kim Nguyen a pu profiter des services de Michèle Richard pour TRUFFE, Jib et Carlos ont réussi à obtenir ceux de Serge Laprade pour leur CUL-DE-SAC. Pas mal pour une première réalisation à très petit budget.

De la langue

Je crois qu‘en tentant de démystifier le phénomène du cinéma de genre made in Québec la discussion prenait trop de mauvaises pistes. Notamment, on a abordé la réalité du niveau de langage. Cette hypothèse lancée par le réalisateur Kim Nguyen ne devrait, à mon sens, n’avoir aucune incidence sur le fait que le cinéma de genre n’aurait pas connu de réel intérêt à l’étranger il y a quelques années. Il ne faudrait pas oublier que cet intérêt semblait être aussi inexistant il n’y a pas si longtemps pour une majorité de cinéphiles québécois. Est-ce que ce manque d’intérêt chez nous était en lien direct au niveau de langage employé? Je ne penserais pas. Qu’on dise tabarnak, fuck, putain, scheisse ou stronzo, ça ne devrait en rien affecter l’exportabilité d’un film de genre. Si un parisien rigole à cause du langage, cela signifie peut-être que le Québec devrait exporter d’avantage son cinéma, comme il le fait avec ses chanteurs et ses humoristes. Enfin, dans la dernière année, une importante sélection de courts et de films de genre québécois se sont retrouvés en sélection de festivals français et américains. N’est-ce pas là un élément positif qui aurait pu être soulevé? Si le québécois amateur de cinéma de genre n’a pas de mal à embarquer dans un film de zombie norvégien ou espagnol, un film de vampire suédois ou dans un slasher danois, je me dis que  le reste du monde doit en faire autant. Alors moi, l’hypothèse de l’accent québécois, je n’y crois pas. Toujours en lien avec l’identité linguistique, une personne de la salle a demandé si on ne devait pas considérer les films de Cronenberg. Après tout, ces premiers films (SHIVERS, RABID) parus vers la fin des années 70 ont été tournés à Montréal. Senécal, outre le fait qu’il a signifié que ce n’était pas vraiment des bons films (c’est évidemment discutable mais pas pertinent au débat), il trouvait que ces films visaient beaucoup plus le marché anglophone et évidemment américain. Il est certain qu’un film tourné en anglais s’exporte plus facilement aux États-Unis et que, si on considère que le cinéma de genre made in Québec exclut les productions anglophones, la question n’est plus valable. En même temps, que faire des films de Maurice Devereaux (SLASHERS, END OF THE LINE), de Sv Bell (CRAWLER, RISE OF THE GHOST) et celui de Max Perrier (THE ANTE)? Ce sont des artiste d’ici qui s’expriment en français dans la vie courante. Devrait-on alors parler de cinéma de genre made in Montréal?

À suivre… La deuxième partie sera publiée demain.

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5 réponses à “De notre cinéma de genre – Partie 1”

  1. Octobre says:

    Très intéressant comme première partie, merci beaucoup! Ça laisse une vague impression que les RVCQ ont un peu organisé le 5 à 7 comme excuse pour inviter quelques grands noms du cinéma d’ici… Les invités ont tous participé au cinéma de genre d’une façon ou d’une autre mais personne semblait très emballé à l’idée d’en discuter. Tes suggestions auraient donné un débat probablement beaucoup plus intéressant. Dommage…

    Manifestement on parle de langue, puisqu’on parle du Québec. C’est selon moi de se fermer des portes (et les yeux!) que d’imaginer que le DIY québécois DOIT être en français pour être authentique. Un vrai bon film de genre transcende l’élément linguistique.

    J’ai bien hâte à la 2e partie!

  2. Au sujet de la langue, et juste pour être clair, j’ai voulu dire 2 choses:

    1 – Le cinéma de genre en français, ça se peut, et ça devrait s’exporter plus.
    2- Même si un DIY est tourné en anglais, mais qu’il est fait par un québécois, on ne devrait pas faire comme si ça n’existait pas.

    Voilà!

  3. Octobre says:

    Tout à fait d’accord avec toi sur les 2 points!

  4. Excellent article. Dommage que le RCVQ n’ait pris que des panelistes institutionalisés, qui n’utilisent le genre que du bout des lèvres ou comme métaphore, sauf peut-être Mr. Sénéchal.

    En ce qui concerne vos 2 points, très justes!

    1- Oui, ça se peut, du cinéma de genre en français. Cependant, pour avoir fait mes propres expériences avec un film d’action il y a près de 20 ans, les Québécois on de la difficulté à accepter des situations d’action ou d’horreur dans un contexte francophone. Cela est en train de changer avec la nouvelle génération. De plus, les institutions, surtout la SODEC, ne sont pas friands de genre sauf la comédie, alors les chances sont presque nulle de voir quelque chose de concret se réaliser à ce niveau, en tout cas, tant que la vieille garde sera en place. Pour ce qui est de l’exportation, il y a une raison pourquoi moi, Bell et Devereaux tournons en anglais… Si il était possible de gagner sa vie au Québec en tournant des films de genre en Français, on le ferait… Croyez moi, à valeur égale, il est dix fois plus difficile de vendre un film dans une autre langue que l’anglais… Les films de genre étranger qui percent le font si ils ont un “hook” ou un angle de marketing ou ils sont VRAIMENT originaux… N’importe quel navet tourné en anglais trouveras preneur AVANT un quasi chef-d’oeuvre. Le chef-d’oeuvre ou le film avec un “hook” lui passera aussi. C’est la réalité du marché du film international.

    2- Ça c’est un problème profond aux racines longues. On dirait que beaucoup de Québécois ont décidé de définir leur identité par la langue. C’est un reflet de notre insécurité en tant que peuple je pense. Mais la langue m’est qu’une infime partie de ce qui fait qu’on est Québécois… Tous les films de genres PUR fait au Québec on une identité bien distincte, ironiquement SURTOUT ceux tournés en anglais… Mais il y a une élite bien pensante qui choisit d’ignorer les films québécois tournés dans une autre langue que le français. Comme beaucoup de choses au Québec, on choisit de les ignorer en espérant qu’ils disparaissent un jour… Pour ce qui est des DIY, l’élitisme et la snoberie inhérente à l’industrie, couplé au rejet quasi-systématique du genre par les institutions fait que la “vraie” industrie ignore tout simplement ce pan d’activités, même s’il s’agit d’une pépinière de talent de beaucoup supérieure à celle qui a accédé au échelons supérieurs. N’importe quelle autre industrie ailleurs dans le monde aurait l’oeil rivé sur ce qui se passe dans le monde du DIY – mais içi, on est sécure car nos fonds viennent du gouvernement et on doit se conformer et être “safe” pour avoir nos sous, alors on fait des films drabes et sans grande imagination… Pour ensuite se plaindre que personne ne va les voir. Très Québécois tout ça.

    Excellent article. Ça fait du bien de voir des gens comment à voir clair! Merçi!

  5. @Christian

    Merci pour tes propos éclairés!

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