Critique: 5150 rue des Ormes

5150Réalisateur: Éric Tessier
Scénariste: Patrick Sénécal
Musique: Christian Clermont
Studio: Cirrus
Distribution:
Alliance Vivafilm
Pays:
Canada
Année:
2009
Sortie DVD:

Durée:

Acteurs
:
Marc-André Grondin, Normand D’Amour, Mylène St-Sauveur, Sonia Vachon

Violence

Site officiel

C’est lors d’une représentation toute spéciale au lendemain de l’avant-première montréalaise, que j’ai eu l’occasion de visionner, gracieuseté de l’ami Kristof G (qui m’a généreusement invité), le très attendu 5150 RUE DES ORMES. Tapis rouge et verre de mousseux au Colossus de Laval donc, pour cette projection dans le cadre d’une soirée bénéfice au profit des Rendez-Vous du Cinéma Québécois. Vedettes du petit et grand écran, gens de l’industrie et grand public de tout acabit (certains plus bruyants que d’autres) étaient de la partie. Notons la présence du réalisateur Éric Tessier et de l’auteur du roman, Patrick Sénécal qui a également assuré l’adaptation cinématographique.

Avant de me lancer dans mon appréciation, je tenais à vous préciser que je n’ai pas lu le roman. Difficile (impossible serait plus juste) pour moi d’établir quelques parallèles que ce soit entre la version écrite et son adaptation cinématographique. 5150 RUE DES ORMES est un thriller horrifique nous relatant la séquestration de Yannick Bérubé (Grondin, convaincant), futur étudiant en cinéma qui aura le malheur d’avoir un accident de vélo au mauvais endroit, au mauvais moment. Son destin croisera celui de Jacques Beaulieu (Normand D’Amour, inquiétant), chauffeur de taxi et père de famille semblant normal en apparence, mais qui cache sous son toit un terrible secret. Yannick se retrouvera bien malgré lui enfermé chez la famille Beaulieu, dont tous les membres semblent instables et très… dangereux.

Ceux-là même qui avaient fait équipe pour produire le décevant SUR LE SEUIL, se sont unis à nouveau afin de nous offrir cette fois un suspense en huis clos orchestré dans les règles de l’art. Le résultat du tandem Tessier/Sénécal est beaucoup plus concluant que leur premier effort. Suspense évoquant les MISERY de ce monde, 5150… démarre plutôt bien pour ralentir la cadence presque aussitôt. Malgré de solides performances d’acteurs, la première partie finit par devenir redondante. Bien qu’il comporte des élément essentiels de la psychologie des personnages et qu’il révèle quelques développements importants, le rythme du premier tiers aurait pu, à mon humble avis, être resserré. L’échange entre les têtes d’affiches devient vraiment intéressant lorsqu’ils entreprennent une lutte entre le bien et le mal à travers les partie d’échecs. La montée en tension est alors beaucoup mieux soutenue et drôlement plus efficace.

5150a

Au risque de me répéter, la force du film est sans doute liée aux performances d’une distribution de haut calibre. Tous livrent la marchandise haut la main. Sonia Vachon est surprenante dans le rôle d’une mère de famille soumise, vouée aux volontés de Dieu et bien que complice, visiblement troublées par les actes qui se déroulent dans son foyer. Mylène St-Sauveur, dans le rôle de l’aînée, qui s’avère être une jeune femme assoiffée de violence, rend très bien le personnage. Je me dois de mentionner le jeu expressif de la jeune Élodie Larivière qui porte magnifiquement le difficile rôle de Anne, la cadette, muette.

Comme je n’avais aucune idée de la tournure des événements, j’ai été agréablement surpris par le côté sombre et violent que nous impose le scénario de Sénécal. Nous avons même droit à quelques scènes assez sanglantes et deux ou trois moments  où l’horreur est véritablement au rendez-vous. Je me dois de souligner quelques éléments qui m’ont un peu moins emballé. D’abord, j’ai trouvé que certaines répliques étaient peu crédibles. Une en particulier me vient en tête. Beaulieu, à un certain moment, dit à sa fille qu’elle sera privé de télé et qu’elle doit aller réfléchir dans sa chambre. Je veux bien croire qu’il a un côté vieux jeu, mais sa fille est étudiante au Cégep. Un peu exagéré. Ensuite, les scènes comprenant un bulletin de nouvelle sonnent faux. Si ma mémoire est bonne, j’avais ressenti la même sensation lorsque j’ai vu SUR LE SEUIL. C’est un peu trop caricatural pour que ce soit convaincant.

ATTENTION! Ce passage du texte dévoile des éléments de l’intrigue. Pour en découvrir le contenu, surligner le texte invisible l’aide de votre souris. Suite à une conclusion relativement intense au dénouement tragique, nous avons droit à une dernière scène précédé du texte 4 mois plus tard. On y voit Yannick, dans son appartement, en compagnie de sa copine. Jouant seul aux échecs, il lui signifie qu’il n’ira pas. On devine qu’il parle d’un rendez-vous chez le psy. Elle se met en colère et tout en essuyant les pièce de l’échiquier, du revers de l’avant-bras, elle lui dit qu’il a besoin d’aide. Elle quitte… En visionnant cette scène, j’ai eu l’impression que le film s’était arrêté le temps d’une pause publicitaire payée par le gouvernement afin de sensibiliser le public sur la santé mentale. Erreur! Je ne sais pas si cet événement se retrouve aussi dans le roman, mais en tant que fan de cinéma de genre, je me suis senti légèrement trahi. Comme s’il fallait justifier tout le film sur une conclusion moralisatrice. Plutôt agaçant.

En matière de cinéma de genre au Québec, lorsqu’il s’agit d’une production au budget considérable ou financé par les gouvernements, j’ai toujours le sentiment qu’on ne va jamais vraiment au fond des choses. En ce sens, 5150 RUE DES ORMES n’y fait pas exception: c’est un long métrage très correct et de belle facture, mais il n’en demeure pas moins que  j’aurais eu plus d’estime à son égard sans sa finale à “message”. Remarquez que c’est peut-être une affaire de perceptions. M’en donnerez des nouvelles!

***

Partagez
  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • Twitter
  • email

7 réponses à “Critique: 5150 rue des Ormes”

  1. Kristof G. says:

    Belle critique Sinistre! Dans le mille. Bon coup le texte en blanc pour éviter les spoilers! Vraiment!

  2. [...] 5150 RUE DES ORMES (Blu-Ray/DVD) [...]

  3. [...] mois après la sortie du correct 5150 RUE DES ORMES, deuxième adaptation cinématographique d’un roman de Patrcik Senécal, c’est autour [...]

  4. [...] film 5150 RUE DES ORMES du réalisateur Éric Tessier aura séduit les festivaliers puisqu’il a été récompensé du [...]

  5. Marc Boisclair says:

    Ah, j’ai enfin visionné le film!

    J’ai tardé un peu, puisque je désirais me taper le roman d’abord. J’avais envie de comparer! Donc, voilà, j’ai adoré le roman de Patrick Sénécal et j’avais peur de moins apprécier le film, comme c’est souvent le cas lorsqu’un roman adapté au grand écran.

    J’ai été agréablement surpris par le film. D’abord, le scénario est très différent du livre. Beaucoup de changements ont été apportés, certains heureux (la caméra vidéo amateur pour remplacer l’écriture), d’autres moins (Anne en institution, la dernière tentative d’évasion).

    Dans le roman, on suit en parallèle à l’histoire la vie de Maude d’après son journal intime. On en apprend donc beaucoup plus sur le passé de la famille et les motivations de cette dernière. Contrairement à toi, c’est les personnages féminins qui m’ont moins convaincus dans l’adaptation. J’aurais aimé voir une Maude encore plus troublée, une Michèle encore plus violente et une Anne encore plus débile. J’ai par contre trouvé les performances de Grondin et de D’Amour parfaites.

    Dans ta critique, tu te demandais si la finale était fidèle à celle du roman… eh bien pas du tout! Même si ici, on ne nous laisse pas sur un happy ending, le livre propose une conclusion terriblement plus sombre et quasi-inadaptable au grand écran.

    Reste que l’adaptation m’a diverti à souhait et, comme toi, j’ai pensé que le tandem Tessier/Sénécal était beaucoup plus concluant qu’avec SUR LE SEUIL.

Réagissez