Critique – Antichrist

antichrist-afficheRéalisateur: Lars von Trier
Scénariste: Lars von Trier
Production
: Zentropa Entertainement
Distribution: Séville Films
Pays: Danemark/Allemagne/France
Année: 2009
Date de sortie en salle:
27 novembre 2009
Durée: 109 minutes

Festivals: Cannes 2009, TIFF 09, Fantastic Fest 09, Festival du Nouveau Cinéma 09, New York Film Festival 09

Acteurs: Willem Dafoe, Charlotte Gainsbourg

c18Violence
Sexualité explicite

Site Officiel

Critique

Par où commencer? De quel angle aborder ce film? Peut-être faudrait-il préciser que ANTICHRIST n’est pas un drame d’horreur. En fait, il n’a rien des productions d’horreur auxquelles nous sommes généralement habitués. Cet ovni cinématographique aura fait couler beaucoup d’encre, susciter la colère et l’incompréhension, mais aura aussi séduit plusieurs cinéphiles. Une production respirant la controverse qui, personnellement ne m’a pas choqué, qui ne me donne certes pas l’envie de la huer, mais pas non plus de l’encenser. C’est toutefois une production qui me laisse avec beaucoup de questions sans réponses, en plus du sentiment d’avoir été dupé. Je précise que je n’ai pas l’intention de faire une analyse poussée du film tentant de le décoder , puisque d’autres l’ont fait et ce, mieux que je ne réussirai à le faire.

Récipiendaire d’un “anti-prix” à Cannes (parce que perçu comme étant une oeuvre faisant l’éloge de la misogynie), ANTICHRIST du réalisateur Lars von Trier a tout ce qu’il faut pour provoquer. La question qui s’impose cependant est: provoquer qui et pourquoi? Celui-là même qui nous a offert de véritables perles (EUROPA,THE KINGDOM, THE IDIOTS, DANCER IN THE DARK) délaisse les règles du Dogme et se paie une production hyper léchée. Mettant en vedette Charlotte Gainsbourg (récipiendaire du prix d’interprétation féminine à Cannes)  et Willem Dafoe, on nous raconte l’histoire d’un couple qui, déchiré par la mort de leur jeune garçon, décide de vivre le deuil en retrait, dans la forêt, à Eden. Lui est thérapeute. Elle, est rongée par les remords et souffre profondément. Il lui propsera une thérapie afin de l’aider à surmonter sa douleur.

antichrist1

Bourré de symbolisme et de représentations se rattachant à la religion et au mystique, le film se veut très intellectuel. Du même coup il nous jette des scènes de sexe et de violences tellement explicites que le tout devient soudainement primaire pour ne pas dire primitif. Il faut d’ailleurs attendre au final pour les scènes assez extrêmes et troublantes. Lars von Trier, qui semble-t-il, a réalisé la chose dans un état dépressif, prétend que sa démarche était pour lui une forme de thérapie. Voulait-il nous inviter à découvrir son côté le plus sombre de sa personnalité. Est-ce une affirmation montée de toute pièce pour susciter un intérêt supplémentaire face à son film? Tout semble si calculé dans son désir de vouloir provoquer qu’il est difficile de croire que ANTICHRIST s’élève au-delà du film-choc dans sa plus simple expression. Parce que plus j’y pense, plus je me dis que ces images à couper le souffle, son côté psychologique très poussé et ses multiples (prétentieux) sous-textes  ne sont qu’un nuage de fumée, camouflant l’unique intention de choquer.

antichrist2Divisé en chapitres, ANTICHRIST débute par un prologue franchement hallucinant visuellement. Le film est également parsemé d’images vraiment très belles et souvent poétiques. Pour ma part je dirais que c’est la seule véritable force ou intérêt de cette production. L’épilogue concluant ce lourd et sordide récit nous impose une métaphore que je n’ai pas saisi. Ce qui est choquant dans ce dernier film de Lars von Trier, c’est qu’il donne l’impression qu’il se fout à la fois de la gueule des intellos consommateurs de cinéma d’auteur et du public amateur de cinéma de genre. Il réussit à les réunir devant le même objet, comme s’il tenait absolument à déplaire à tout ce  beau monde. Ce dernier aura même l’audace de pousser la chose à l’extrême en produisant un jeu vidéo tiré du film qui se poursuit là où le film se termine.  Plutôt absurde et une très mauvaise blague, si vous voulez mon avis.

ANTICHRIST est une curiosité nous proposant une exploration particulière des côtés les plus sombres de l’âme et de la déchéance humaine. Bien que certaines images marquent pendant un certain temps, c’est un film d’une complaisance telle, qu’on finira par oublier le film, sans avoir le goût d’y revenir.

Lars von Trier’s Antichrist – Official Trailer from Zentropa on Vimeo.

ANTICHRIST obtient la sinistre cote de

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(1 pour le visuel époustouflant et 1 pour la performance de Charlotte Gainsbourg).


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5 réponses à “Critique – Antichrist”

  1. MartinB says:

    J’aurais mis ma main au feu que ce film-là serait plate à mort.

  2. Valérianne says:

    J’ai bien aimé ce dernier Lars Von Trier, bien qu’il ne soit pas mon préféré. La dernière scène me laisse toutefois perplexe: cette foule de jeunes femmes qui gravissent la forêt. Est-ce que quelqu’un aurait une interprétation à proposer?

  3. camilleespresso says:

    Un film d’horreur qui se démarque de la production américaine, pi il faut qu’on le boude pour pseudo-intellectualisme? Le genre du film d’horreur est vu comme illégitime par la critique, sauf la critique geek, bien entendu.
    Pourquoi ça serait pas un film d’horreur ? Tout le long, la tension monte, des trucs inexpliqués se produisent, il y a du gore en masse, pi tout le long on ressent un malaise intense. C’est de l’horreur ça.
    La violense gratuite juste dans le but de provoquer? Pi The hostel de Eli Roth, c’était quoi d’abord? Tous les fans d’horreur ont aimé. C’est pas dur de torturer du monde devant une caméra.
    Non, Lars Von Trier a réussi à faire un film d’horreur artistique, tout comme Let the right one in et Thirst l’on été. C’est ça que je veux voir, quelque chose de nouveau dans le genre de l’horreur, dequoi qui sort des slashers plattes pi des films gore pas d’histoire pi juste dégueux.

  4. Sinistre says:

    @Valérianne
    Moi aussi je cherche toujours un sens à cette finale pour le moins innatendue. Peut-être que nous trouverons la réponse dans le jeu vidéo…

    @camillespresso
    Tout d’abord merci de faire part de ton avis et de “challenger” les idées. C’est parfois constructif de débattre sur un film. Ça fait aussi du bien d’avoir une vision différente.

    Ceci étant dit, j’aimerais rectifier le tir sur l’interprétation que tu as pu faire de ma critique. Au début lorsque je dis que Antichrsit n’est pas un drame d’horreur, je me corrige ensuite en affirmant qu’il ne s’agit pas d’une production d’horreur à laquelle nous somme habitués. Je nuance donc ma première affirmation.

    Quand je dis que Von Trier veut uniquement choquer, je n’y vois pas de problème. Ce qui m’agace, c’est qu’il le fait en faisant passer son film pour une oeuvre élitiste. C’est ça qui fait que je n’embarque pas. Et je le répète encore, j’aime la presque totalité de l’oeuvre de Von Trier.

    Je t’accorde également que c’est bien de voir des films d’horreur avec une approche différente. Je suis le premier à toujours chialer contre les remakes insipides qu’on nous sert sans gêne.

    LET THE RIGHT ONE IN est un bon exemple de film d’horreur étranger qui s’élève au-dessus de la masse. Cependant les thèmes abordés dans ce dernier le sont de façon beaucoup plus touchante et plus humaine. Antichrist ne fait selon moi rien pour qu’on éprouve de l’empathie pour ce couple.

  5. Valérianne says:

    Je cherche à savoir d’où vient (ou de qui est) cette image qu’on voit à un instant du film: cette une image de femme-lapin, glauque et diabolique. On l’aperçoit au grenier, parmi d’autres images, au moment où Dafoe découvre le brouillon de la thèse de Gainsbourg (bout de séquence qu’on peut voir dans la bande-annonce). Est-ce que quelqu’un en connaîtrait la provenance?
    Valérianne

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